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Banane, cerise, courgette

Tailler ses phrases au Katana - Cybersexe - Danser sur la tombe de Twitter

Courriel
6 min ⋅ 22/03/2023


Top 3 de la semaine

Estampe de Hiroshige, Station de Minakuchi-juku in Les Cinquante-trois Stations du Tƍkaidƍ. | Substack Walking Across Japan, Over the Suzuka, sept 2022Estampe de Hiroshige, Station de Minakuchi-juku in Les Cinquante-trois Stations du Tƍkaidƍ. | Substack Walking Across Japan, Over the Suzuka, sept 2022

Tailler ses phrases au Katana

Qu’il paraĂźt loin le temps oĂč SĂ©go, alors jeune premiĂšre du PS, fustigeait les animes (ou « japoniaiseries » selon le terme consacrĂ© Ă  l’époque) pour leur violence : « masques rĂ©pugnants, bĂȘtes horribles, dĂ©mons rugissants »  Trois dĂ©cennies plus tard, le Japon a su s’imposer Ă  travers un soft power bien rodĂ© : premier·es lecteur·ices de mangas au monde, les Français sont aussi de plus en plus nombreux·ses Ă  tenter l’expĂ©rience nippone Ă  coups de vlogs et de chaĂźnes dĂ©diĂ©s. Les newsletters (NyĆ«suretā) ne sont pas en reste, comme on vous propose de le dĂ©couvrir dans ce top 3, direction le pays du Soleil Levant :

  • Pour la culture, Pen : Créé en 1997 Ă  Tokyo, Pen [ペン] se prĂ©sente comme le mĂ©dia de rĂ©fĂ©rence dans les domaines de la culture et de l’art de vivre au Japon. Sa newsletter hebdomadaire regorge chaque fois de maisons sublimes, de recettes, ou de recommandations de classiques du cinĂ©ma.

  • Pour l’actu, Nippon.com : Nippon.com est un site multilingue destinĂ© Ă  mieux faire connaĂźtre le Japon Ă  l’étranger. Chaque mardi, sa newsletter permet de lire des articles trĂšs variĂ©s sur l'actualitĂ© rĂ©cente du Japon.

  • Pour une vision personnelle, Half : Manon Cauchoix est franco japonaise. Elle a rĂ©cemment lancĂ© Half, sa newsletter, pour « pouvoir parler de mon Japon, avec mes yeux de franco japonaises » On a hĂąte de lire la suite.

  • Bonus : Pour ĂȘtre sur place, Walking Accross Japan : La newsletter bihebdomadaire d’un prof d’anglais, habitant du Japon depuis quinze ans. Il y retrace le rĂ©cit de son voyage Ă  pattes, pour dĂ©couvrir le « Japon profond, derriĂšre les clichĂ©s qui font les gros titres des journaux occidentaux » Ă  travers l’histoire, l’économie, et la sociĂ©tĂ© au fil des villes visitĂ©es.


La newsletter de la semaine

Cybersexe, robosexualité... ou érobotique ? - Article de Maïa Mazaurette dans GQ Cybersexe, robosexualité... ou érobotique ? - Article de Maïa Mazaurette dans GQ

Banane, Cerise, Courgette

Quand on parle de sexe sur Internet, on a vite l’impression que toutes les routes mĂšnent au porno. Pourtant, au-delĂ  du trash, du cash et du brutal que gĂ©nĂšre l’une des premiĂšres industries en ligne, de nombreuses questions sur la sexualitĂ© Ă  l’ùre du numĂ©rique foisonnent. Dans sa newsletter Cybersexe, AngĂ©lique Bailleux nous invite Ă  aborder certaines d’entre elles. En se rappelant au bon mauvais souvenir de Chatroulette, par exemple, ou en apprenant Ă  contourner les rĂšgles (pas franchement Ă©galitaires) liĂ©es Ă  la nuditĂ© sur TikTok. Car comme le demande si justement l’auteure : Que ferait Internet sans le sexe ?

Tu as lancĂ© la newsletter Cybersexe dans le cadre de ton master en journalisme. Pourquoi as-tu choisi d’écrire sur ce sujet-lĂ  en particulier ?

AngĂ©lique Bailleux : J’ai grandi dans une famille oĂč on parle de sexe assez librement, sans entrer dans un registre trash. TrĂšs jeune, ma mĂšre m’a expliquĂ© comment on faisait les bĂ©bĂ©s, l’importance de se protĂ©ger, et la notion de consentement. Du coup, j’ai trĂšs rapidement Ă©tĂ© la copine Ă  qui on pouvait se confier lĂ -dessus. Et je le suis toujours. En parallĂšle, j’ai créé mes premiers comptes sur les rĂ©seaux sociaux Ă  l’ñge de 12, 13 ans, et j’ai trĂšs vite Ă©tĂ© confrontĂ©e aux contenus explicites sur les plateformes. Comme je le dis dans l’introduction de Cybersexe, la premiĂšre fois que j’ai vu un pĂ©nis, c’était sur Twitter. Aujourd’hui, j’ai 22 ans, et je constate que le sexe, et la notion de sexualitĂ© au sens large, est partout sur internet. On peut monĂ©tiser son corps Ă  distance, « sexter » (s’envoyer des textos un peu hot) avec des inconnus. Je suis persuadĂ©e que comprendre ces nouvelles pratiques permet d’amĂ©liorer notre utilisation des plateformes, et une certaine maĂźtrise.

Les sujets liĂ©s au sexe sont souvent traitĂ©s par le petit bout de la lorgnette, avec une vision caricaturale qui nous ramĂšne vite cinquante ans en arriĂšre. Comment est-ce qu’on peut faire rentrer ces questionnements dans l’air de notre temps, le XXIe siĂšcle ?

A. B. : Parler de sexe en 2023, c’est, selon moi, Ă©voquer le plaisir, mais aussi se questionner sur nos pratiques et faire un peu de prĂ©vention, sans devenir un gourou du sexe. Je pense qu’aujourd’hui, cette thĂ©matique est traitĂ©e avec beaucoup de rigueur par plusieurs mĂ©dias et journalistes : des chroniques de MaĂŻa Mazaurette dans Le Monde, Ă  la crĂ©ation d’émissions dĂ©diĂ©es comme OrgasmiQ sur Teva (pour ne citer qu’elles). La libĂ©ration de la parole des femmes, des minoritĂ©s de genre, et autour du plaisir fĂ©minin y sont pour beaucoup. Il n’est plus rare et (un peu moins) tabou de faire l’acquisition d’un sex-toy ou de revendiquer ses envies.

« Comme je le dis dans l’introduction de Cybersexe, la premiĂšre fois que j’ai vu un pĂ©nis, c’était sur Twitter. »

L’un des thĂšmes rĂ©currents dans Cybersexe, c’est la question du corps des femmes face aux outils de modĂ©ration des rĂ©seaux sociaux. D’un cĂŽtĂ©, ils sont accusĂ©s de restreindre la libertĂ© d’exposition, de l’autre de ne pas filtrer les contenus qui pourraient ĂȘtre choquants
 Il est oĂč, le juste milieu ?

A. B. : Chaque rĂ©seau social dĂ©cide de ce qui est choquant ou non. Et on peut dĂ©battre lĂ -dessus. Personnellement, je pense que le curseur de ce qui est tolĂ©rable varie selon les utilisateurs. C’est Ă  eux de dĂ©cider de ce qu’ils veulent voir ou non, en cochant certaines options qui masquent les contenus qualifiĂ©s de sensibles. Mais, ce qui est surtout pointĂ© du doigt chez les plateformes et leur gestion de la nuditĂ©, c’est la diffĂ©rence faite entre les corps dits masculins et fĂ©minins. Sur TikTok et au sein du groupe Meta, chaque tĂ©ton fĂ©minin est censurĂ©, lĂ  oĂč les tĂ©tons masculins passent entre les mailles du filet. Cette sexualisation du corps dit fĂ©minin pose problĂšme, et le conseil de sĂ©curitĂ© de Meta l’a d’ailleurs rĂ©cemment exprimĂ©.

Quel est ton rapport au genre newsletter ? Des petites pépites à nous conseiller ?

A. B. : Je ne vais pas mentir, je n’étais pas une grande consommatrice de newsletters avant de dĂ©buter l’exercice, Ă  l’ESJ Lille. Je me prĂ©pare Ă  devenir journaliste vidĂ©o, sur les rĂ©seaux sociaux. Pourtant, au fil des semaines, je me suis abonnĂ©e Ă  certaines infolettres. Pour rester dans mon registre, j’aime beaucoup Badass, qui pose de vraies questions sur la sexualitĂ©, comme « pourquoi la sociĂ©tĂ© accepte plus facilement l’addiction des hommes au porno, que celle des femmes ? ».

Quelle est l’édition sur laquelle tu as prĂ©fĂ©rĂ© bosser jusqu’à aujourd’hui ?

A. B. : J’ai adorĂ© travailler sur mon dernier numĂ©ro, dans lequel j’aborde le sujet du sexe dans l’ASMR, et oĂč je dĂ©finis la pratique du sploshing. Dans les deux cas, ce sont des pratiques peu connues et que j’ai moi aussi dĂ©couvertes. J’ai discutĂ© avec des personnes qui consommaient de l’ASMR en parallĂšle du porno, avec des crĂ©atrices de contenu, et j’en suis sortie plus informĂ©e et plus ouverte d’esprit encore.


Tendances infolettres

Danser sur la tombe de Twitter

Twitter continue son effondrement au ralenti, fait de pannes à répétition et de bruits de couloirs de plus en plus inquiétants (qui sont rapportés avec une certaine délectation par la newsletter Platformer). C'est un naufrage mais contrairement aux annonceurs, les utilisateurs restent
 Soit à cause de la fascination du désastre, soit parce qu'ils ont un besoin viscéral de s'engueuler sur des questions sans fond, soit tout simplement parce qu'ils ont trÚs envie de savoir ce qui se passe sur internet aujourd'hui.

  • Et c'est vrai qu'il n'y a guĂšre d'autre endroit que Twitter pour ça. Si vous aussi vous peinez Ă  dĂ©crocher, on vous recommande sincĂšrement Today in Tabs, la newsletter qui permet de quitter Twitter le cƓur lĂ©ger.

  • Chaque jour, du lundi au jeudi, le vĂ©tĂ©ran du web Rusty Foster y fait une chronique acerbe des dĂ©bats plus ou moins dĂ©biles qui agitent la twittosphĂšre US, avec les articles qui y ont fait polĂ©miques, les hot takes les plus absurdes, et quelques blagues excellentes au passage. Et il y a un vrai soulagement Ă  dĂ©couvrir tout ça Ă  bonne distance, filtrĂ© par un type drĂŽle et sage, au lieu d'avoir Ă  plonger soi-mĂȘme dans la mĂȘlĂ©e.

  • En France, on a bien RĂšgle #30 qui nous raconte ce qui se passe sur internet d'un point de vue fĂ©ministe et inclusif, mais il nous manque ce condensĂ© des dĂ©bats absurdes qui agitent chaque jour le web — ce qu'on a eu de plus proche Ă©tait peut-ĂȘtre le tableau Excel dequoisindignetonaujourdhui.xlsx de @Hernstburgler, mais il faudrait quelqu'un pour reprendre le flambeau. Chiche ?


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Cette édition a été rédigée par Martin Lafréchoux, Alexandre Leguen, Nicolas Beublet, Lauren Boudard et Dan Geiselhart. Vous pouvez aussi nous envoyer vos remarques, avis et critiques, on adore (vraiment) ça : hello@crrl.xyz. Et allez faire un tour sur crrl.xyz. Allez, bisous.

Cette lettre a été conçue par Courriel en collaboration avec l'équipe de Kessel Media. Merci à eux !

Courriel

Par Lauren et Dan

Courriel, la newsletter des newsletter, est écrite par l'équipe derriÚre Tech Trash et Climax.