Top 3 de la semaine
Estampe de Hiroshige, Station de Minakuchi-juku in Les Cinquante-trois Stations du TĆkaidĆ. | Substack Walking Across Japan, Over the Suzuka, sept 2022
Tailler ses phrases au Katana
Quâil paraĂźt loin le temps oĂč SĂ©go, alors jeune premiĂšre du PS, fustigeait les animes (ou « japoniaiseries » selon le terme consacrĂ© Ă lâĂ©poque) pour leur violence : « masques rĂ©pugnants, bĂȘtes horribles, dĂ©mons rugissants »⊠Trois dĂ©cennies plus tard, le Japon a su sâimposer Ă travers un soft power bien rodĂ© : premier·es lecteur·ices de mangas au monde, les Français sont aussi de plus en plus nombreux·ses Ă tenter lâexpĂ©rience nippone Ă coups de vlogs et de chaĂźnes dĂ©diĂ©s. Les newsletters (NyĆ«suretÄ) ne sont pas en reste, comme on vous propose de le dĂ©couvrir dans ce top 3, direction le pays du Soleil Levant :
Pour la culture, Pen : Créé en 1997 Ă Tokyo, Pen [ăăł] se prĂ©sente comme le mĂ©dia de rĂ©fĂ©rence dans les domaines de la culture et de lâart de vivre au Japon. Sa newsletter hebdomadaire regorge chaque fois de maisons sublimes, de recettes, ou de recommandations de classiques du cinĂ©ma.
Pour lâactu, Nippon.com : Nippon.com est un site multilingue destinĂ© Ă mieux faire connaĂźtre le Japon Ă lâĂ©tranger. Chaque mardi, sa newsletter permet de lire des articles trĂšs variĂ©s sur l'actualitĂ© rĂ©cente du Japon.
Pour une vision personnelle, Half : Manon Cauchoix est franco japonaise. Elle a récemment lancé Half, sa newsletter, pour « pouvoir parler de mon Japon, avec mes yeux de franco japonaises » On a hùte de lire la suite.
Bonus : Pour ĂȘtre sur place, Walking Accross Japan : La newsletter bihebdomadaire dâun prof dâanglais, habitant du Japon depuis quinze ans. Il y retrace le rĂ©cit de son voyage Ă pattes, pour dĂ©couvrir le « Japon profond, derriĂšre les clichĂ©s qui font les gros titres des journaux occidentaux » Ă travers lâhistoire, lâĂ©conomie, et la sociĂ©tĂ© au fil des villes visitĂ©es.
La newsletter de la semaine
Cybersexe, robosexualité... ou érobotique ? - Article de Maïa Mazaurette dans GQ
Banane, Cerise, Courgette
Quand on parle de sexe sur Internet, on a vite lâimpression que toutes les routes mĂšnent au porno. Pourtant, au-delĂ du trash, du cash et du brutal que gĂ©nĂšre lâune des premiĂšres industries en ligne, de nombreuses questions sur la sexualitĂ© Ă lâĂšre du numĂ©rique foisonnent. Dans sa newsletter Cybersexe, AngĂ©lique Bailleux nous invite Ă aborder certaines dâentre elles. En se rappelant au bon mauvais souvenir de Chatroulette, par exemple, ou en apprenant Ă contourner les rĂšgles (pas franchement Ă©galitaires) liĂ©es Ă la nuditĂ© sur TikTok. Car comme le demande si justement lâauteure : Que ferait Internet sans le sexe ?
Tu as lancĂ© la newsletter Cybersexe dans le cadre de ton master en journalisme. Pourquoi as-tu choisi dâĂ©crire sur ce sujet-lĂ en particulier ?
AngĂ©lique Bailleux : Jâai grandi dans une famille oĂč on parle de sexe assez librement, sans entrer dans un registre trash. TrĂšs jeune, ma mĂšre mâa expliquĂ© comment on faisait les bĂ©bĂ©s, lâimportance de se protĂ©ger, et la notion de consentement. Du coup, jâai trĂšs rapidement Ă©tĂ© la copine Ă qui on pouvait se confier lĂ -dessus. Et je le suis toujours. En parallĂšle, jâai créé mes premiers comptes sur les rĂ©seaux sociaux Ă lâĂąge de 12, 13 ans, et jâai trĂšs vite Ă©tĂ© confrontĂ©e aux contenus explicites sur les plateformes. Comme je le dis dans lâintroduction de Cybersexe, la premiĂšre fois que jâai vu un pĂ©nis, câĂ©tait sur Twitter. Aujourdâhui, jâai 22 ans, et je constate que le sexe, et la notion de sexualitĂ© au sens large, est partout sur internet. On peut monĂ©tiser son corps Ă distance, « sexter » (sâenvoyer des textos un peu hot) avec des inconnus. Je suis persuadĂ©e que comprendre ces nouvelles pratiques permet dâamĂ©liorer notre utilisation des plateformes, et une certaine maĂźtrise.
Les sujets liĂ©s au sexe sont souvent traitĂ©s par le petit bout de la lorgnette, avec une vision caricaturale qui nous ramĂšne vite cinquante ans en arriĂšre. Comment est-ce quâon peut faire rentrer ces questionnements dans lâair de notre temps, le XXIe siĂšcle ?
A. B. : Parler de sexe en 2023, câest, selon moi, Ă©voquer le plaisir, mais aussi se questionner sur nos pratiques et faire un peu de prĂ©vention, sans devenir un gourou du sexe. Je pense quâaujourdâhui, cette thĂ©matique est traitĂ©e avec beaucoup de rigueur par plusieurs mĂ©dias et journalistes : des chroniques de MaĂŻa Mazaurette dans Le Monde, Ă la crĂ©ation dâĂ©missions dĂ©diĂ©es comme OrgasmiQ sur Teva (pour ne citer quâelles). La libĂ©ration de la parole des femmes, des minoritĂ©s de genre, et autour du plaisir fĂ©minin y sont pour beaucoup. Il nâest plus rare et (un peu moins) tabou de faire lâacquisition dâun sex-toy ou de revendiquer ses envies.
« Comme je le dis dans lâintroduction de Cybersexe, la premiĂšre fois que jâai vu un pĂ©nis, câĂ©tait sur Twitter. »
Lâun des thĂšmes rĂ©currents dans Cybersexe, câest la question du corps des femmes face aux outils de modĂ©ration des rĂ©seaux sociaux. Dâun cĂŽtĂ©, ils sont accusĂ©s de restreindre la libertĂ© dâexposition, de lâautre de ne pas filtrer les contenus qui pourraient ĂȘtre choquants⊠Il est oĂč, le juste milieu ?
A. B. : Chaque rĂ©seau social dĂ©cide de ce qui est choquant ou non. Et on peut dĂ©battre lĂ -dessus. Personnellement, je pense que le curseur de ce qui est tolĂ©rable varie selon les utilisateurs. Câest Ă eux de dĂ©cider de ce quâils veulent voir ou non, en cochant certaines options qui masquent les contenus qualifiĂ©s de sensibles. Mais, ce qui est surtout pointĂ© du doigt chez les plateformes et leur gestion de la nuditĂ©, câest la diffĂ©rence faite entre les corps dits masculins et fĂ©minins. Sur TikTok et au sein du groupe Meta, chaque tĂ©ton fĂ©minin est censurĂ©, lĂ oĂč les tĂ©tons masculins passent entre les mailles du filet. Cette sexualisation du corps dit fĂ©minin pose problĂšme, et le conseil de sĂ©curitĂ© de Meta lâa dâailleurs rĂ©cemment exprimĂ©.
Quel est ton rapport au genre newsletter ? Des petites pépites à nous conseiller ?
A. B. : Je ne vais pas mentir, je nâĂ©tais pas une grande consommatrice de newsletters avant de dĂ©buter lâexercice, Ă lâESJ Lille. Je me prĂ©pare Ă devenir journaliste vidĂ©o, sur les rĂ©seaux sociaux. Pourtant, au fil des semaines, je me suis abonnĂ©e Ă certaines infolettres. Pour rester dans mon registre, jâaime beaucoup Badass, qui pose de vraies questions sur la sexualitĂ©, comme « pourquoi la sociĂ©tĂ© accepte plus facilement lâaddiction des hommes au porno, que celle des femmes ? ».
Quelle est lâĂ©dition sur laquelle tu as prĂ©fĂ©rĂ© bosser jusquâĂ aujourdâhui ?
A. B. : Jâai adorĂ© travailler sur mon dernier numĂ©ro, dans lequel jâaborde le sujet du sexe dans lâASMR, et oĂč je dĂ©finis la pratique du sploshing. Dans les deux cas, ce sont des pratiques peu connues et que jâai moi aussi dĂ©couvertes. Jâai discutĂ© avec des personnes qui consommaient de lâASMR en parallĂšle du porno, avec des crĂ©atrices de contenu, et jâen suis sortie plus informĂ©e et plus ouverte dâesprit encore.
Tendances infolettres
Danser sur la tombe de Twitter
Twitter continue son effondrement au ralenti, fait de pannes à répétition et de bruits de couloirs de plus en plus inquiétants (qui sont rapportés avec une certaine délectation par la newsletter Platformer). C'est un naufrage mais contrairement aux annonceurs, les utilisateurs restent⊠Soit à cause de la fascination du désastre, soit parce qu'ils ont un besoin viscéral de s'engueuler sur des questions sans fond, soit tout simplement parce qu'ils ont trÚs envie de savoir ce qui se passe sur internet aujourd'hui.
Et c'est vrai qu'il n'y a guĂšre d'autre endroit que Twitter pour ça. Si vous aussi vous peinez Ă dĂ©crocher, on vous recommande sincĂšrement Today in Tabs, la newsletter qui permet de quitter Twitter le cĆur lĂ©ger.
Chaque jour, du lundi au jeudi, le vĂ©tĂ©ran du web Rusty Foster y fait une chronique acerbe des dĂ©bats plus ou moins dĂ©biles qui agitent la twittosphĂšre US, avec les articles qui y ont fait polĂ©miques, les hot takes les plus absurdes, et quelques blagues excellentes au passage. Et il y a un vrai soulagement Ă dĂ©couvrir tout ça Ă bonne distance, filtrĂ© par un type drĂŽle et sage, au lieu d'avoir Ă plonger soi-mĂȘme dans la mĂȘlĂ©e.
En France, on a bien RĂšgle #30 qui nous raconte ce qui se passe sur internet d'un point de vue fĂ©ministe et inclusif, mais il nous manque ce condensĂ© des dĂ©bats absurdes qui agitent chaque jour le web â ce qu'on a eu de plus proche Ă©tait peut-ĂȘtre le tableau Excel dequoisindignetonaujourdhui.xlsx de @Hernstburgler, mais il faudrait quelqu'un pour reprendre le flambeau. Chiche ?
MERCI D'AVOIR LU JUSQU'ICI đ
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Cette édition a été rédigée par Martin Lafréchoux, Alexandre Leguen, Nicolas Beublet, Lauren Boudard et Dan Geiselhart. Vous pouvez aussi nous envoyer vos remarques, avis et critiques, on adore (vraiment) ça : hello@crrl.xyz. Et allez faire un tour sur crrl.xyz. Allez, bisous.
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