Courriel

La newsletter des newsletters 💌

image_author_null_Lauren et Dan
Par Lauren et Dan
14 articles
19 juil. · 6 mn à lire
Partager cet article :

Banane, cerise, courgette

Tailler ses phrases au Katana - Cybersexe - Danser sur la tombe de Twitter


Top 3 de la semaine

Estampe de Hiroshige, Station de Minakuchi-juku in Les Cinquante-trois Stations du Tōkaidō. | Substack Walking Across Japan, Over the Suzuka, sept 2022Estampe de Hiroshige, Station de Minakuchi-juku in Les Cinquante-trois Stations du Tōkaidō. | Substack Walking Across Japan, Over the Suzuka, sept 2022

Tailler ses phrases au Katana

Qu’il paraît loin le temps où Ségo, alors jeune première du PS, fustigeait les animes (ou « japoniaiseries » selon le terme consacré à l’époque) pour leur violence : « masques répugnants, bêtes horribles, démons rugissants »… Trois décennies plus tard, le Japon a su s’imposer à travers un soft power bien rodé : premier·es lecteur·ices de mangas au monde, les Français sont aussi de plus en plus nombreux·ses à tenter l’expérience nippone à coups de vlogs et de chaînes dédiés. Les newsletters (Nyūsuretā) ne sont pas en reste, comme on vous propose de le découvrir dans ce top 3, direction le pays du Soleil Levant :

  • Pour la culture, Pen : Créé en 1997 à Tokyo, Pen [ペン] se présente comme le média de référence dans les domaines de la culture et de l’art de vivre au Japon. Sa newsletter hebdomadaire regorge chaque fois de maisons sublimes, de recettes, ou de recommandations de classiques du cinéma.

  • Pour l’actu, Nippon.com : Nippon.com est un site multilingue destiné à mieux faire connaître le Japon à l’étranger. Chaque mardi, sa newsletter permet de lire des articles très variés sur l'actualité récente du Japon.

  • Pour une vision personnelle, Half : Manon Cauchoix est franco japonaise. Elle a récemment lancé Half, sa newsletter, pour « pouvoir parler de mon Japon, avec mes yeux de franco japonaises » On a hâte de lire la suite.

  • Bonus : Pour être sur place, Walking Accross Japan : La newsletter bihebdomadaire d’un prof d’anglais, habitant du Japon depuis quinze ans. Il y retrace le récit de son voyage à pattes, pour découvrir le « Japon profond, derrière les clichés qui font les gros titres des journaux occidentaux » à travers l’histoire, l’économie, et la société au fil des villes visitées.


La newsletter de la semaine

Cybersexe, robosexualité... ou érobotique ? - Article de Maïa Mazaurette dans GQ Cybersexe, robosexualité... ou érobotique ? - Article de Maïa Mazaurette dans GQ

Banane, Cerise, Courgette

Quand on parle de sexe sur Internet, on a vite l’impression que toutes les routes mènent au porno. Pourtant, au-delà du trash, du cash et du brutal que génère l’une des premières industries en ligne, de nombreuses questions sur la sexualité à l’ère du numérique foisonnent. Dans sa newsletter Cybersexe, Angélique Bailleux nous invite à aborder certaines d’entre elles. En se rappelant au bon mauvais souvenir de Chatroulette, par exemple, ou en apprenant à contourner les règles (pas franchement égalitaires) liées à la nudité sur TikTok. Car comme le demande si justement l’auteure : Que ferait Internet sans le sexe ?

Tu as lancé la newsletter Cybersexe dans le cadre de ton master en journalisme. Pourquoi as-tu choisi d’écrire sur ce sujet-là en particulier ?

Angélique Bailleux : J’ai grandi dans une famille où on parle de sexe assez librement, sans entrer dans un registre trash. Très jeune, ma mère m’a expliqué comment on faisait les bébés, l’importance de se protéger, et la notion de consentement. Du coup, j’ai très rapidement été la copine à qui on pouvait se confier là-dessus. Et je le suis toujours. En parallèle, j’ai créé mes premiers comptes sur les réseaux sociaux à l’âge de 12, 13 ans, et j’ai très vite été confrontée aux contenus explicites sur les plateformes. Comme je le dis dans l’introduction de Cybersexe, la première fois que j’ai vu un pénis, c’était sur Twitter. Aujourd’hui, j’ai 22 ans, et je constate que le sexe, et la notion de sexualité au sens large, est partout sur internet. On peut monétiser son corps à distance, « sexter » (s’envoyer des textos un peu hot) avec des inconnus. Je suis persuadée que comprendre ces nouvelles pratiques permet d’améliorer notre utilisation des plateformes, et une certaine maîtrise.

Les sujets liés au sexe sont souvent traités par le petit bout de la lorgnette, avec une vision caricaturale qui nous ramène vite cinquante ans en arrière. Comment est-ce qu’on peut faire rentrer ces questionnements dans l’air de notre temps, le XXIe siècle ?

A. B. : Parler de sexe en 2023, c’est, selon moi, évoquer le plaisir, mais aussi se questionner sur nos pratiques et faire un peu de prévention, sans devenir un gourou du sexe. Je pense qu’aujourd’hui, cette thématique est traitée avec beaucoup de rigueur par plusieurs médias et journalistes : des chroniques de Maïa Mazaurette dans Le Monde, à la création d’émissions dédiées comme OrgasmiQ sur Teva (pour ne citer qu’elles). La libération de la parole des femmes, des minorités de genre, et autour du plaisir féminin y sont pour beaucoup. Il n’est plus rare et (un peu moins) tabou de faire l’acquisition d’un sex-toy ou de revendiquer ses envies.

« Comme je le dis dans l’introduction de Cybersexe, la première fois que j’ai vu un pénis, c’était sur Twitter. »

L’un des thèmes récurrents dans Cybersexe, c’est la question du corps des femmes face aux outils de modération des réseaux sociaux. D’un côté, ils sont accusés de restreindre la liberté d’exposition, de l’autre de ne pas filtrer les contenus qui pourraient être choquants… Il est où, le juste milieu ?

A. B. : Chaque réseau social décide de ce qui est choquant ou non. Et on peut débattre là-dessus. Personnellement, je pense que le curseur de ce qui est tolérable varie selon les utilisateurs. C’est à eux de décider de ce qu’ils veulent voir ou non, en cochant certaines options qui masquent les contenus qualifiés de sensibles. Mais, ce qui est surtout pointé du doigt chez les plateformes et leur gestion de la nudité, c’est la différence faite entre les corps dits masculins et féminins. Sur TikTok et au sein du groupe Meta, chaque téton féminin est censuré, là où les tétons masculins passent entre les mailles du filet. Cette sexualisation du corps dit féminin pose problème, et le conseil de sécurité de Meta l’a d’ailleurs récemment exprimé.

Quel est ton rapport au genre newsletter ? Des petites pépites à nous conseiller ?

A. B. : Je ne vais pas mentir, je n’étais pas une grande consommatrice de newsletters avant de débuter l’exercice, à l’ESJ Lille. Je me prépare à devenir journaliste vidéo, sur les réseaux sociaux. Pourtant, au fil des semaines, je me suis abonnée à certaines infolettres. Pour rester dans mon registre, j’aime beaucoup Badass, qui pose de vraies questions sur la sexualité, comme « pourquoi la société accepte plus facilement l’addiction des hommes au porno, que celle des femmes ? ».

Quelle est l’édition sur laquelle tu as préféré bosser jusqu’à aujourd’hui ?

A. B. : J’ai adoré travailler sur mon dernier numéro, dans lequel j’aborde le sujet du sexe dans l’ASMR, et où je définis la pratique du sploshing. Dans les deux cas, ce sont des pratiques peu connues et que j’ai moi aussi découvertes. J’ai discuté avec des personnes qui consommaient de l’ASMR en parallèle du porno, avec des créatrices de contenu, et j’en suis sortie plus informée et plus ouverte d’esprit encore.


Tendances infolettres

Danser sur la tombe de Twitter

Twitter continue son effondrement au ralenti, fait de pannes à répétition et de bruits de couloirs de plus en plus inquiétants (qui sont rapportés avec une certaine délectation par la newsletter Platformer). C'est un naufrage mais contrairement aux annonceurs, les utilisateurs restent… Soit à cause de la fascination du désastre, soit parce qu'ils ont un besoin viscéral de s'engueuler sur des questions sans fond, soit tout simplement parce qu'ils ont très envie de savoir ce qui se passe sur internet aujourd'hui.

  • Et c'est vrai qu'il n'y a guère d'autre endroit que Twitter pour ça. Si vous aussi vous peinez à décrocher, on vous recommande sincèrement Today in Tabs, la newsletter qui permet de quitter Twitter le cœur léger.

  • Chaque jour, du lundi au jeudi, le vétéran du web Rusty Foster y fait une chronique acerbe des débats plus ou moins débiles qui agitent la twittosphère US, avec les articles qui y ont fait polémiques, les hot takes les plus absurdes, et quelques blagues excellentes au passage. Et il y a un vrai soulagement à découvrir tout ça à bonne distance, filtré par un type drôle et sage, au lieu d'avoir à plonger soi-même dans la mêlée.

  • En France, on a bien Règle #30 qui nous raconte ce qui se passe sur internet d'un point de vue féministe et inclusif, mais il nous manque ce condensé des débats absurdes qui agitent chaque jour le web — ce qu'on a eu de plus proche était peut-être le tableau Excel dequoisindignetonaujourdhui.xlsx de @Hernstburgler, mais il faudrait quelqu'un pour reprendre le flambeau. Chiche ?


MERCI D'AVOIR LU JUSQU'ICI 🙏

Pour recevoir les prochains numéros de Courriel (si vous n'êtes pas encore inscrit·e), c'est par ici.

Cette édition a été rédigée par Martin Lafréchoux, Alexandre Leguen, Nicolas Beublet, Lauren Boudard et Dan Geiselhart. Vous pouvez aussi nous envoyer vos remarques, avis et critiques, on adore (vraiment) ça : hello@crrl.xyz. Et allez faire un tour sur crrl.xyz. Allez, bisous.

Cette lettre a été conçue par Courriel en collaboration avec l'équipe de Kessel Media. Merci à eux !