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La newsletter des newsletters 💌

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Par Lauren et Dan
14 articles
4 mai · 6 mn à lire
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C'est Marseille bébé

À l'heure d'été - Glory Box - Fausses jumelles


Top 3 de la semaine

Dans le quartier historique du Panier, à Marseille, les street-artistes ont carte blanche. Dans le quartier historique du Panier, à Marseille, les street-artistes ont carte blanche.

À l’heure d’été

La dernière fois, nous vous recommandions des newsletters pour sortir et flâner à Paris et dans ses environs — mais qu'il ne soit pas dit que l'équipe de Courriel est aveugle aux merveilles du reste de la France. Donc cette semaine, on va s'intéresser à la cité phocéenne. C’est Marseille bébé.

  • Pour l'info locale, Marsactu, l'excellent site d'investigation indépendant basé à Marseille, envoie chaque jeudi à 18 h Pointue, sa newsletter d'actualité « avec des infos ciselées à la main et un brin de piquant ». La lettre est normalement réservée aux abonnés payants, mais Marsactu offre généreusement 4 numéros pour vous décider à sauter le pas. Made in Marseille, un site d’info plus généraliste mais indépendant aussi, publie aussi une infolettre plus axée sur l'actualité.

  • Pour la culture, visez la newsletter du Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée, le Mucem, qui envoie chaque dimanche le programme éclectique de ses différentes implantations. On vous recommande aussi Nota Bene, la lettre d'information de l'école des Beaux-arts de Marseille (qui a l'air en pause mais dont le premier numéro était prometteur !).

  • Pour le way of life, vous pouvez vous abonner à la newsletter de My Provence, le média de Provence Tourisme, pour des tips restos et balades au rythme de la Provence et de ses cigales, ou bien vous inspirer de JL and OT in Marseille, la – bien – trop courte newsletter d’un couple américain vivant au rythme de Massalia.

  • Si vous n’êtes pas rassasié, il vous reste toujours les newsletters de l'Olympique de Marseille !

La newsletter de la semaine

Tarsila do Amaral, Composição, 1930.Tarsila do Amaral, Composição, 1930.

Lettre intime

Qui ne s’est jamais dit, dans un moment de motivation soudaine et portée par l’illusion de devenir un·e de ces écrivain·es en vogue : « Un jour, j’écrirais un livre, ou bien mon histoire, tiens… » ? Pour Charlotte Moreau, cette ambition n’en est pas restée comme pour la plupart d’entre nous – au stade du doux rêve. Journaliste et écrivaine, elle a fait irruption dans la galaxie des infolettres depuis quelques années déjà, avec Le Debrief. La non-fiction chevillée au cœur, elle lance au mois d’août dernier Glory Box, une newsletter ayant pour dessein de raconter son ancienne vie de journaliste média/culture au Parisien. D’interviews en voyages, de doutes en extases, on se laisse porter et comme devant une série que l’on dévore, on est impatient de découvrir la suite ! En attendant, nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec son autrice.

Sur ton dernier post Linkedin, tu parles de ta newsletter Glory Box comme d’un engagement un peu fou, qui a mûri chez toi depuis des années. Qu’est-ce qui t’a fait franchir le pas ?

Charlotte Moreau : Glory Box, c’est la rencontre entre un projet inexploité et un canal de publication inespéré. Je voulais écrire sur le star system, la mise en scène de soi, le journalisme, en revisitant mes souvenirs de jeune reporter au Parisien. Mais je n’avais ni le temps, ni l’argent, ni l’éditeur pour le faire. Publier ce projet de livre via la plateforme de newsletters payantes Kessel (beaucoup plus rémunératrice qu’un contrat d’édition) a résolu ces trois problèmes d’un coup.

Glory Box, c’est une réflexion sur le métier de journaliste. Toi, routarde expérimentée - quinze ans au Parisien - qui navigue entre souvenirs dorés et les déboires que tout journaliste connaîtra un jour, qu’est-ce que cette infolettre te permet ? Une forme d’introspection ?

C. M. : D’introspection oui… Mais aussi de rétrospection ! Dans le chapitre 8, qui se focalise sur l’intimité entre journalistes et célébrités, j’explique : « J’écris ici pour comprendre et éclairer ce que j’ai vécu. J’écris ici ce que je ne pouvais pas écrire il y a cinq, dix, quinze ans. Parce que j’étais dedans, parce que dedans on se tait et parce que dedans on ne voit pas. » Dans cette infolettre, je peux conjuguer ces deux temporalités : les moments saisis sur le vif (qui étaient indicibles à l’époque) au prisme du recul et de la liberté de parole que j’ai acquis aujourd’hui.

Glory Box n’est pas ta newsletter d’essai. Depuis quelques années, tu écris également Le Debrief, où l’on arpente tes souvenirs au fil des numéros. Finalement, la non-fiction que tu revendiques, ce n’est pas une forme de papier intimiste où le personnage principal, c’est toi ?

C. M. : On dit souvent d’un bon récit de non-fiction qu’il est écrit « comme un roman ». Moi je rêve de l’inverse, de romans écrits comme de la bonne non-fiction ! Avec la même puissance de vérité. C’est pour ça que j’aime tant Emmanuel Carrère ou Annie Ernaux. Et je le constate dans mes ateliers d’écriture (Charlotte est fondatrice de Balibulle, qui propose des ateliers en écriture web [NDLR]) : proposez un exercice de non-fiction à un élève, plutôt qu’un travail d’invention, demandez-lui de raconter son vécu, son réel et vous verrez sa créativité exploser. Notre dénominateur commun, à nous amoureux de l’écriture, ce n’est pas un imaginaire galopant, c’est notre capacité à exploiter notre propre narratif.

« Glory Box, c’est la rencontre entre un projet inexploité et un canal de publication inespéré. Je voulais écrire sur le star system, la mise en scène de soi, le journalisme, en revisitant mes souvenirs de jeune reporter au Parisien. »

Ton infolettre questionne aussi le rapport des femmes journalistes avec des personnalités, et des journalistes (parfois) accusés d’être des prédateurs sexuels. À ce titre, le numéro Les ogres revient sur ta rencontre avec certains d’entre eux. Presque six ans après #Metoo, est-ce que les choses ont VRAIMENT changé ?

C. M. : Chez les baby-boomers en situation de pouvoir, probablement pas, c’est une génération perdue, qui si souvent ne comprend rien à la notion de désir et de consentement. Mais je garde espoir pour les suivantes, ces mecs qui ont la cinquantaine aujourd’hui, ceux-là peuvent encore, tout en râlant, adapter leur comportement. Je ne peux pas croire que toutes les affaires qui sortent ne les fassent pas réfléchir un minimum à ce qu’ils risquent.

Est-ce que des newsletters t’ont influencé dans ton travail ? Et plus largement, est-ce que tu voudrais en partager quelques-unes avec nous ?

C. M : Elle a disparu aujourd’hui, mais j’adorais le travail de Masqué, un réalisateur de cinéma qui racontait anonymement son quotidien, entre cocaïne et bipolarité. Il a commencé à publier avant moi sur la plateforme et je me suis dit : OK, le mec va super loin, certes sous pseudo, mais sa manière hyper frontale d’écrire a allumé une petite lumière rassurante chez moi. J’ai compris qu’il y avait un boulevard à investir et que je pouvais, moi aussi, me sentir super libre. Et aujourd’hui, des newsletters comme À toute berzingue ou Seum contre tous sont de vraies compagnes de route. Je me reconnais dans leur énergie, leur mélancolie.

Quelle est l’édition sur laquelle tu as pris le plus de plaisir à écrire ?

C. M. : J’ai eu un déclic à partir de Lost in L.A., le chapitre 3 de Glory Box, où je me remémorais quelques déboires professionnels à Los Angeles. Sur les deux précédents chapitres, je faisais attention à ne pas écrire ni trop long ni trop court, à bien doser mon temps. À partir de celui-là, j’avais tellement pris confiance dans la plateforme, dans mon lectorat, et posé quelques repères logistiques (combien de jours pour rédiger une édition, et à quel moment la publier dans le mois) que j’ai atteint une forme de sérénité, laquelle ne m’a plus jamais quittée depuis. C’est aussi ça, le plaisir infini d’une newsletter. Ce principe du rendez-vous, du cadre, le rétroplanning que ça permet, c’est autant d’espace mental libéré pour s’éclater dans l’écriture ! 


Tendances

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Pop-Ubik & Camera Numerica, fausses jumelles

On ne le connaît pas personnellement, mais Julien Djoubri a l'air d'être quelqu'un de très productif. Il écrit pour Geek-art, il a co-fondé le label et éditeur C'est plus que de la SF (dont il écrit la newsletter), et il publie aussi deux infolettres personnelles : Pop-Ubik et Camera Numerica.

La première, publiée sur Substack, est plutôt dédiée à l'analyse d'œuvres de la pop culture sous toutes ses formes : séries, films, jeux vidéo, manga et comics. On y trouve aussi des portfolios d'artistes et des recensions de livres. La dernière livraison parle avec érudition de se perdre dans les forêts d'Hyrule, au fil des incarnations de la Légende de Zelda.

La seconde, qui paraît ici même chez Kessel, est "dédiée aux effets visuels, à l'animation et à l'image numérique" — récemment, on a aimé cette analyse visuelle de l'excellent jeu Stray, notamment l'usage original de la verticalité dans ce jeu où le joueur incarne un chat dans une ville cyberpunk.

Sur ce, on vous dit à dans deux semaines !


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Cette édition a été rédigée par Martin Lafréchoux, Alexandre Leguen, Lauren Boudard et Dan Geiselhart. Vous pouvez aussi nous envoyer vos remarques, avis et critiques, on adore (vraiment) ça : hello@crrl.xyz. Et allez faire un tour sur crrl.xyz. Allez, bisous.

Cette lettre a été conçue par Courriel en collaboration avec l'équipe de Kessel Media. Merci à eux !